Récitatif
de Toni Morrison

« Ma mère dansait toute la nuit et celle de Roberta était malade… À la minute où je suis entrée et où Bozo le Clown nous a présentées, j’ai eu la nausée.
Être tirée du lit tôt le matin, c’était une chose, mais être coincée dans un lieu inconnu avec une fille d’une race tout à fait différente, c’en était une autre. »

Twyla et Roberta, deux petites filles pauvres de huit ans, sont confiées à l’assistance publique, le foyer St-Bonaventure. Elles vont y vivre quatre mois, temps suffisant pour devenir amies, puis se perdre de vue jusqu’à ce qu’adultes, leurs routes se croisent par hasard :

« Elle était assise dans un box… sa chevelure était si énorme et tellement en pétard que je voyais à peine sa figure. Mais les yeux. Je les aurais reconnus n’importe où ».

Qui est la blanche ? Qui est la noire ? On se pose la question pendant tout le récit. Le texte fait de dialogues souvent drôles et cruels, nous ramène à l’histoire raciale des États-Unis, l’esclavage et ses ravages, la place des femmes, thèmes centraux dans l’œuvre de Toni Morrison.

Dans sa collection poche 10/18, le livre contient une intéressante analyse, approfondie et argumentée, de l’écrivaine britannique Zadie Smith. La nouvelle, selon les mots de Toni Morrison a été conçue comme : « l’expérience d’ôter tous les codes raciaux d’un récit concernant deux personnages de races différentes pour qui l’identité raciale est cruciale ».
Le seul point commun de Twyla et de Roberta est la misère, dans un monde qui oppose les pauvretés.
Nous sommes délicieusement perdus, et Toni Morrison a réussi son pari.

Mika Mali Montagne

Récitatif  de Toni Morrison collection 10/18, 2022.

Photo : Recitatif © Gina Cubeles 2026