Casse auto
Voilà un polar où on ne s’encombre pas de la vie humaine, elle ne vaut vraiment pas cher. Pas beaucoup d’espoir dans ce roman très noir où les lendemains ne sont pas radieux, même si parfois l’amitié sauve les personnages et les empêche de tomber encore plus bas. Si on trouve des polars où l’argent motive les personnages ou alors la jalousie, ici c’est plutôt la haine, ça ne manque pas et la barque est bien chargée.
On avait bien aimé le précédent livre de Simon François, La Proie et la Meute, chroniqué dans ces pages, et on a beaucoup aimé celui-ci également, mais l’ambiance est bien différente.Gabriel est le fils du patron de l’usine, on est du côté de Gien, au bord de la Loire, pas loin de la Sologne. L’usine fait dans la métallurgie, elle pollue la Loire à l’occasion. Il est copain avec Kader, un garagiste qui essaie de se débrouiller pour s’en sortir, tous deux gardent des liens forts depuis l’enfance, même si leurs aspirations sont différentes. Gabriel déteste l’usine et son père, il rêve de partir à Paris et de devenir comédien. Kader veut gagner plus parce que sa femme attend un bébé.Mais voilà, Kader retrouve à l’arrière de sa camionnette une femme à moitié morte. C’est Juliette, la sœur de Gabriel, il ne comprend pas ce qu’elle fait là et il est hors de question d’alerter qui que ce soit.
À partir de là, l’affaire se complexifie. Juliette s’en sort et ne se souvient de rien. La gendarme Karine mène l’enquête. Kader se fait tabasser, d’autres amis d’enfance interviennent, notamment les fils un peu frappadingues du propriétaire d’une casse automobile. La tension monte à mesure que les rancœurs accumulées explosent, que le passé remonte à la surface et que les cadavres apparaissent.
Simon François excelle à poser des décors, ceux de l’usine, de la Sologne, des parties de pêche sur la Loire, à raconter des personnages torturés, malheureux, mais aussi des personnages lumineux, telle la gendarme Karine, qui met beaucoup d’humanité dans ce récit en cherchant à comprendre, à écouter, à faire émerger la vérité.
L’auteur nous secoue avec ces destins brisés, la rudesse des rapports entre les gens, et la violence de l’usine qui embauche des travailleurs sans papiers et ne déclare pas les accidents, même mortels.
Il nous fait peur aussi, menaçant de faire disparaître les personnages auxquels on s’est attachés, soit dans la Loire, soit par un coup de feu, et finalement, malgré les coups du sort, ça se termine de manière pas si noire. Merci encore, Simon François !
Un livre à lire si vous aimez les polars ancrés dans la vie de tous les jours, qui parlent de la violence quand les pulsions se lâchent et de l’amitié qui tient bon malgré tout, qui rend le monde moins désespérant.
François Muratet
La Plupart des hommes de Simon François, Édition Le Masque, 2026
Illustration : Homme bleu © Mika Maly Montagne (détail)